Catalogne : il faut un mécanisme de sécession-intégration pour l’Union européenne

Chaque jour, la tension augmente autour de la situation en Catalogne. Après avoir brutalement tenté d’empêcher le référendum sur l’indépendance, le premier ministre espagnol Rajoy a suspendu le gouvernement régional. Quoi qu’on puisse penser du nationalisme Catalan, il dispose d’une base sociale massive et a démontré sa capacité à organiser un référendum dans de bonnes conditions malgré la répression, et malgré des fraudes locales. Il aurait sans doute mieux valu qu’il soit organisé sous les auspices d’instances internationales, sans pressions de l’Etat espagnol, ni des nationalistes catalans, pour laisser s’exprimer librement les habitant-es de la Catalogne, mais il exprime clairement qu’ils s‘agit d’un mouvement de fond.

Dans cette crise, l’Union européenne brille par son incapacité à prendre à bras le corps une situation qui impacte pourtant lourdement son avenir. Les dirigeants de l’Union comme ceux des pays membres se sont tous rangés derrière la position du gouvernement Espagnol. La crainte de devoir affronter des situations semblables dans leurs propres frontières les paralyse. Mais surtout, l’architecture de l’Union telle qu’elle est conçue aujourd’hui, comme groupement d’États, ne laisse aucune place aux indépendances en son sein. La déprimante « doctrine Prodi » résume à elle seule cette immense lâcheté face à un phénomène susceptible d’entrainer la désagrégation de l’Europe.

La doctrine Prodi prévoit que les pays où prennent leur indépendance en faisant sécession d’un pays membres ne deviennent pas automatiquement membres de l’Union. C’est, au fond, une manière dérisoire de vouloir pérenniser l’Union sur ses bases anciennes plutôt que de vouloir les dépasser.

Or, le nationalisme Catalan n’est pas seul en Europe. Le Brexit a posé un cas de figure inédit : une nation faisant partie du Royaume Uni a manifesté son souhait de prendre son indépendance pour rester dans l’Union européenne. Alors qu’un référendum, organisé de manière régulière et sans contestation, avait repoussé de peu l’indépendance, le Brexit a relancé le débat. En Italie, les nationalistes sont tentés d’employer l’arme référendaire pour parvenir à leur fin, comme vient de le montrer le référendum sur l’autonomie de la Vénétie et de la Lombardie. En Belgique, la crise est latente depuis des décennies. Le scénario est le même partout : ce sont les régions les plus riches, qui cherchent à échapper à la pression fiscale liée à la crise de la dette publique en faisant sécession – ce qui ne signifie pas que ce soit les plus riches qui forment la base sociale du mouvement. Le nationalisme a réussi à s’imposer comme une solution politique et pire, à nous placer dans une alternative entre deux nationalismes.

L’éclatement de ces pays, dont deux membres de la CECA, ancêtre de l’Union, mettrait la doctrine Prodi face à ses contradictions : elle formerait autant d’îlots indépendants dans une Europe qui avait mis plus de 50 ans à s’unifier. C’est une doctrine anti-européenne, en réalité. Que feront ces pays indépendants, surtout s’ils doivent défendre leur position les armes à la main comme l’obstination espagnole le laisse hélas présager ? S’ils n’ont pas le soutien de l’Europe, ils se tourneront vers ses ennemis, vers les régimes nationalistes et autoritaires, quelques soient leur orientation initiale. Après tout, la stratégie du Kremlin, c’est bien de soutenir toutes les forces anti-européennes afin de fragmenter et diviser l’adversaire.

Bien sûr, faire partie de l’Union nécessite des critères. Mais enfin, les pays qui font scission héritent d’une législation largement façonnée par le droit Européen, d’institutions démocratiques, et plus généralement, d’une bonne intégration européenne. S’ils expriment, lors de leur prise d’indépendance, le souhait de rester dans l’Union, pourquoi leur refuser ? Pourquoi mettre en branle un processus de plusieurs années, alors même que l’Union fait preuve d’une grande timidité face aux atteintes à la démocratie en Hongrie ou en Pologne ?

Aujourd’hui, l’Union européenne aux mains des conservateurs et des libéraux, c’est-à-dire de l’expression politique du monde des affaires. C’est leur politique à courte terme qui met l’Europe en danger. En refusant la convergence salariale souhaitée par les syndicats européens, en refusant d’envisager l’annulation des dettes publiques, en garantissant l’impunité des régimes racistes et autoritaires, en soutenant la répression contre le référendum Catalan, ils attisent l’animosité contre l’Union. On ne doit pas laisser leur aveuglément détruire l’Europe.

Il manque un processus accéléré de sécession-intégration, qui permette à des pays prenant leur indépendance d’un pays de l’Union d’en rester membre, en s’engageant à respecter les règles en vigueur. C’est une manière positive de préserver L’Europe face aux nationalismes.

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